ENTRETIEN DU " FIGARO " AVEC
LE GÉNÉRAL MICHEL AOUN

RASSEMBLEMENT POUR LE LIBAN / France
Service Communication
Paris, le 16 décembre 1999

Entretien paru, aujourd’hui, jeudi 16 décembre 99 dans le quotidien français « Le Figaro ».

AOUN : « Complicité israélo-syrienne sur le Liban »
Michel Aoun, premier ministre du Liban de 1988 à 1990 et ancien commandant en chef de l’armée, aujourd’hui en exil à Paris, fait part au Figaro de son indignation alors que s’ouvre le sommet de Washington.

LE FIGARO. – Comment jugez-vous la perspective d’un prochain accord entre Israël et la Syrie ?
Michel AOUN. – Ces deux pays, qui occupent actuellement le Liban, sont en train de décider de son sort en son absence. Politiquement, le Liban n’a aucune existence, et le gouvernement libanais, totalement inféodé à la Syrie, ne sera invité aux négociations que pour avaliser ce qui aura été décidé sans lui. C’est une violation flagrante des règles les plus élémentaires du droit international. Les résolutions 425, 426 et 520 de l’ONU, qui prévoient le retrait de toutes les forces étrangères et l’envoi au Sud-Liban d’une force des Nations unies sont balayées d’un revers de la main, avec l’approbation tacite de l’opinion internationale.

Que suggérez-vous ?
Le Liban doit être présent à la table des négociations, et pas sur cette table. Je demande l’application des résolutions de l’ONU. Or, il y a une complicité de fait entre la Syrie et Israël sur le dossier libanais, avec l’aval des Américains. Comment expliquer autrement que la Syrie, longtemps placée par la Maison-Blanche sur la liste des Etats terroristes, puisse à présent s ‘emparer d’un pays souverain avec leur accord tacite ? L’attitude d’Israël est elle aussi significative. La presse israélienne a fait état de l’intention d’Ehud Barak de se retirer du Sud-Liban et de laisser l’armée syrienne s’y installer. Tout en demandant des garanties pour sa sécurité face aux mêmes forces syriennes dans le Golan. Ceci ne peut s’expliquer que par un accord qui aurait été passé entre les deux pays. Et qui livrerait le Liban à la Syrie.

. « Je suis celui qui dit non à la mort du Liban indépendant »

Vous considérez le Liban comme un pays occupé ?
C’est le seul terme qui convienne. On est en train de duper le monde entier en parlant de présence syrienne au Liban. Il s’agit de bel et bien de l’occupation d’un pays souverain par une puissance étrangère. Les Syriens qui s’installent massivement au Liban ont tous effectué leur service militaire : ils sont donc mobilisables à tout moment par la Syrie. La Syrie a avalé le Liban. Elle va essayer, avec l’accord des Israéliens, de le digérer.

N’avez-vous pas l’impression de mener un combat d’arrière-garde ?
Pas du tout. Je reste le porte-drapeau de la résistance libanaise. Même si je dois jouer les trouble-fête, je n’entends pas abandonner la lutte. Je suis celui qui dit non à la mort du Liban indépendant.
Propos recueillis par Adrien Jaulmes.
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