FREE LEBANON - Rassemblement Pour le Liban / France Rassemblement Pour le Liban / France

 

Rassemblement Pour le Liban / France


 

 

 

 

 

Le Liban à l’heure de la « paix régionale »

 

 

 

 

I-                  La nouvelle donne régionale

a-    Accession au pouvoir d’Ehud Barak

b-    Le régime syrien

c-     Le nouveau régime libanais

 

 

II-              Le processus de paix et la place du Liban

 

 

III-           Le rôle de la France

 

 

IV-           Conclusion

 

 

 

 

 

 

 

 

Paris, le 10 juillet 1999

 

 

 

 

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I-                  La nouvelle donne régionale

 

 

a-      L’accession au pouvoir d’Ehud Barak

 

 

Après le gel du processus de Paix régional par l’ancien Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, les changements opérés suite aux dernières élections législatives israéliennes et à l’arrivée d’Ehud Barak au pouvoir, ont suscité dans la région et au-delà, de part le monde, un nouvel espoir de Paix.

 

Les premières déclarations du nouvel homme fort d’Israël ont d’ores et déjà démontré sa volonté de conclure rapidement des accords de paix avec ses voisins pour mettre fin, selon ses propres termes, à « cent ans de guerres israélo-arabes», ainsi que, sur le plan interne, d’appliquer les accords conclus avec les Palestiniens et de travailler à la solution définitive à leur problème.

 

Les diplomates occidentaux, américains et européens, semblent croire à l’accélération des pourparlers et préparent activement des plans de négociation et des scénarios de règlement entre les différents acteurs.

 

 

b-      Le régime syrien

 

 

Le Président syrien Hafez El Assad a accueilli favorablement les déclarations de principe de Barak et estimé « partager les mêmes souhaits ». Les observateurs avertis soulignent que pour la première fois, Assad prend en compte un facteur temps qui lui est de plus en plus défavorable et semble réellement prêt à reprendre les discussions avec les Israéliens. Bien entendu, de nombreux points feront l’objet d’âpres négociations (retrait total ou partiel du Golan, démilitarisation de la zone, installation d’un dispositif  israélien d’alerte avancée sur le plateau, mise en place de forces multinationales, rôle de la Syrie au Liban, etc.), mais plus que jamais, et peut-être même pour la première fois, Assad est dans l’urgence de conclure.

 

Le Président syrien est effectivement actuellement confronté à une situation interne lui imposant de mettre son pays et son régime en ordre d’être repris en main par son fils, et présumé successeur, Bachar. Il s’agit en effet de frapper le coup nécessaire à imposer sa propre volonté de changement à la vieille garde réticente du régime, profitant du délire populaire collectif engendré par le retour du Golan dans le giron de la mère-Patrie, pour ouvrir à son fils les portes du pouvoir, dans un environnement politique stabilisé.

 

 

 

c-      Le nouveau régime libanais

 

 

Il y a certes eu une valse de personnes à la tête de l’Etat libanais (« élection/nomination » d ‘Emile Lahoud à la présidence de la République, formation d’un nouveau gouvernement sous la présidence de Sélim Hoss), suivie d’une volonté de changement affichée par les nouveaux responsables en place. Mais les pratiques et le mode de gouvernement, issus de la « pensée unique » promulguée à Damas, restent inchangés.

 

Les Droits de l’homme et du citoyen sont quotidiennement bafoués au Liban. Arrestations régulières d’opposants - généralement proches du général Michel Aoun -, interrogatoires musclés, obligation faite aux détenus de signer des papiers les engageant à cesser toute action politique, sont monnaie courante. Les rapports annuels d’Amnesty International et des Associations de défense des Droits de l’Homme condamnent systématiquement les agissements du régime libanais vis-à-vis de ses citoyens, mais également sa (non) gestion du dossier des centaines de Libanais détenus illégalement dans les prisons syriennes.

 

La presse est plus que jamais muselée et se voit dans l’obligation de pratiquer une autocensure désastreuse. L’opposition à l’occupation syrienne n’ayant par conséquent pas accès aux médias, le seul discours accepté, ressassé, martelé - à en devenir digne de la leçon idéologique nord-coréenne - est celui de « l’unité de destin entre la Syrie et le Liban ».

 

La situation économique et financière du pays est catastrophique. Un héritage certes du gouvernement précédant, mais que les dirigeants actuels, dans le contexte de soumission qui est le leur, n’ont aucun moyen de résorber. 21 Milliards de dollars de dette publique, presque deux fois le PIB, un déficit budgétaire dramatiquement élevé, une corruption endémique, une multitude d’accords imposés au pays par la Syrie entraînant la destruction de pans entiers de l’économie nationale au profit des produits syriens, et remplaçant une main-d’œuvre libanaise au pouvoir d’achat élevé par des travailleurs syriens toujours plus nombreux, ont mis le pays à genoux.

 

La justice sélective règne. Sans pitié à l’encontre des opposants, elle est totalement aveugle lorsqu’il s’agit de condamner les agissements des défenseurs de la mainmise syrienne sur le pays.

 

Reste, parmi tant d’autres, un dossier des plus graves : celui des naturalisations. A l’occasion de deux lois récemment votées, des centaines de milliers de Syriens ont pu avoir accès à la nationalité libanaise de manière totalement arbitraire. Certaines demandes ne comportaient que les nom et prénom du postulant à la nationalité, aucune autre condition d’élection n’ayant été jugée nécessaire.

Ce dossier scandaleux achève en fait le processus de syrianisation du Liban. En effet, à l’occupation militaire du pays et l’hégémonie syrienne imposée à toutes les institutions étatiques libanaises, est venue s’ajouter la métamorphose de l’identité même de la société. Le constat malheureux en a été fait lors des scrutins organisés depuis lors, quand des milliers de bus venant de Syrie, transportant ces nouveaux naturalisés qui brandissaient des photos à l’effigie d’Assad, ont participé aux élections législatives et municipales. Ainsi, parallèlement au déséquilibre démographique provoqué par cette déferlante, le jeu démocratique a été également faussé, permettant de systématiquement faire pencher le résultat des scrutins en faveur de la classe politique inféodée à Damas.

 

 

II-              Le processus de paix et la place du Liban

 

 

Résultat de l’humiliante démission des autorités libanaises face à leurs responsabilités, le Liban se retrouve aujourd’hui coincé entre le marteau israélien et l’enclume syrienne.

En effet la Syrie, dont la frontière avec Israël n’a pas connu d’incident depuis 1973, use du Liban comme « carte de pression » sur l’Etat hébreux, lors des périodes de tension comme de détente.

 

Ainsi, la milice de Hezbollah s’est vue consolidée dans son rôle de résistance, « qualité » qui lui a permis de ne pas se voir retirer ses armes au lendemain de la guerre, à l’instar des autres milices. Du coup, selon les termes d’un accord tacite, le bras de fer entre Syriens et Israéliens ne s’effectue que par l’intermédiaire du Hezbollah, sur le territoire libanais. Il est à noter qu’aucune attaque israélienne contre le Liban - la dernière contre les infrastructures civiles péniblement reconstruite après la guerre ayant eu lien il y a 2 semaines - n’a donné lieu à une quelconque réaction de l’armée syrienne, dont 35 000 soldats y sont présents, et ce malgré la signature par le Liban en 1991, et sous la contrainte, d’un « accord de défense et de sécurité » avec la Syrie.

 

La Syrie a par ailleurs imposé au Liban un discours stratégique très défini : tout retrait israélien du Sud-Liban doit s’accompagner d’un retrait du Golan dans le cadre d’un accord régional global. En 1996, Israël avait reconnu la résolution 425 du Conseil de Sécurité de l’ONU, exigeant un retrait de Tsahal du Liban. Les autorités syriennes, craignant un retrait israélien unilatéral, synonyme pour elles de remise en cause de la présence de leurs propres troupes au Liban, ont dépêché des émissaires libanais dans les capitales occidentales pour contourner la proposition israélienne et défendre l’unité (le terme consacré depuis étant la « concomitance ») des processus libanais et syrien.

 

Cette attitude officielle libanaise ne peut être assimilée qu’à de haute trahison. Les dirigeants libanais ont en effet sciemment contribué au maintien de l’occupation israélienne du sud, en voulant faire passer les intérêts syriens avant ceux de leur propre pays.

Cette politique irresponsable a également été observée lors du retrait de la milice de l’Armée du Liban-Sud de la localité de Jezzine. L’armée et les forces de sécurité libanaises n’ont pas reçu l’ordre de prendre le contrôle de la ville, exposant les habitants à l’incertitude et au même risque d’exactions, voire de massacres, que ceux produits dans la montagne en 1983 et à l’Est de Saïda en 1985. Le Liban voulant ainsi faire comprendre à Israël qu’en l’absence de règlement global, il ne garantirait pas la sécurité de la Galilée en cas de retrait unilatéral de Tsahal, amenant les Israéliens à ne chercher qu’à Damas une garantie de sécurité pour leur frontière nord.

C’est ainsi que la Syrie a toujours bloqué toute tentative de restauration de la souveraineté libanaise sur son territoire. Car après avoir occupé militairement le pays puis installé ses supplétifs à la tête de la l’Etat, elle cherche aujourd’hui la reconnaissance internationale officielle (israélienne et occidentale) de son rôle doublement indispensable au Liban : celui du maintien de la sécurité aux frontières et la garantie de la « paix civile » au pays des Cèdres. Ceci dans le cadre d’un règlement global lui assurant également la récupération du Golan.

 

Les autorités libanaises actuelles, en participant du processus imposé, se sont définitivement rendues coupables du pire des crimes ; celui d’avoir bradé la souveraineté du pays pour avoir sciemment conféré à la Syrie le pouvoir de décider en leur lieu et place. Le Liban se retrouve donc l’objet de négociations entre ses deux voisins - qui ont tous deux des visées sur lui - sans avoir son mot à dire.  Ainsi, les intérêts les plus essentiels du pays et de son peuple ne sont pas pris en compte et les scénarios les plus pessimistes sur le sort définitif du Liban peuvent aujourd’hui être imaginés.

 

 

III- Le rôle de la France

 

 

Malgré les liens historiques et séculaires qui existent entre la France et le Liban, les autorités françaises semblent avoir adopté, ces dernières années, une politique issue d’un certain pragmatisme. A savoir la reconnaissance objective des rapports de forces existant dans une région où le Liban est l’acteur le plus faible, pour ne pas dire le spectateur-victime.

 

La diplomatie française appelle à une « paix juste et globale » et semble accepter « le lien de fait » existant entre les deux processus, libanais et syrien. Le président Chirac l’a personnellement déclaré lors de sa dernière visite au Liban, ayant appelé au règlement du problème syro-israélien pour que le Liban puisse retrouver sa pleine indépendance. Il l’a rappelé également lors de la visite d’Etat du président syrien à Paris en juillet 1998.

 

La France est signataire de la Charte universelle des droits de l’Homme et fait partie des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU. A ce titre, il est de son devoir de refuser l’application d’une politique reconnaissant la prééminence de la force sur le droit. Devoir qu’elle occulte en « oubliant » d’évoquer la résolution 520, votée le 17 septembre 1983 au Conseil de Sécurité, demandant le retrait de toutes les armées étrangères du Liban, et en insistant sur la 425 qui ne vise que les forces israéliennes. Serait-ce par crainte de frustrer la Syrie ? Par calcul d’intérêt ? Pour servir une volonté de regain d’une position perdue au Moyen-Orient ?

Quelle que soit la logique qui sous-tend la diplomatie française actuelle, aucun élément parmi ceux-ci ne semble en voie d’être acquis par la France. Car en dehors de sa vocation universelle de défense de la démocratie et de la liberté dans le monde et en dehors de la perpétuation des relations la liant avec ses amis, la France ne peut légitimement se trouver une politique digne de ses ambitions et de son histoire.

 

 

IV- Conclusion

 

Il existe aujourd’hui deux « Liban » :

-         Le Liban de facto, celui qui regroupe l’establishment politique, économique ou religieux et qui oeuvre pour le maintien de l’occupation syrienne . Que ce soit par idéologie politique ou par intérêt, ces responsables sont des collaborateurs usant du système et profitant de l’oppression militaire pour asseoir leur pouvoir et étendre leurs misérables privilèges.

-         Puis il y a le Liban légitime, celui du retour aux libertés, au droit, au respect de la personne humaine, à la réelle coexistence comme modèle de société. Ce Liban auquel aspire la majorité des citoyens libanais et pour lequel continuent de combattre de nombreux patriotes au nom d’un idéal : retrouver un Liban libre, indépendant et souverain, loin de toute ingérence étrangère et vivant en paix avec tous ses voisins.

 

Ces deux « Liban » que tout sépare sont à l’image de la double-promesse d’avenir faite au Moyen-Orient, à l’Europe, et peut-être même au monde.

A l’heure du règlement qui se profile, les décideurs internationaux sont une fois de plus confrontés à l’alternative ultime ; celle du choix entre la difficulté exaltante et la facilité ignominieuse. Entre la logique des valeurs et celle de l’obscurantisme. Entre la paix dans la stabilité et la promesse de lendemains sanglants.

Il y a de par le monde une tendance à l’affirmation du droit. Diffuse mais perceptible. Il est inadmissible qu’au seuil du troisième millénaire, après l’émancipation de tant de peuples, le Liban reste le dernier pays du monde voué par tous à l’occupation.